Vues d'esprit

 

 

Laugavegur,

 

 été 2009

 

laugavegur 

 

 

         Tel Janus, dieu romain gardien de la porte, de l’entrée, de la sortie. Porte à deux visages d’un regard vers le nord, le grand nord, la terre, l’eau, le feu, l’indomptable, et de l’autre l’envers, l’à l’envers, l’ailleurs. Notre ailleurs, sans point cardinal, direction imprécise, un sens et l’agitation des Hommes.

 

 

         Laugavegur, passage obligé du voyageur en Islande, chemin des îliens pour embrasser l’ancien monde, le nouveau monde, le reste du monde.

 

 

         Laugavegur, thermomètre géothermique, baromètre climatique. Les trottoirs chauffés par des serpentins de conduites géothermiques font fondre la neige des devantures des vitrines des magasins, en hiver, disposant aux regards des flâneurs de nuits interminables les modes vestimentaires de laines de mouton conçues. Le ciel au-dessus laiteux parfois, mais bleu aussi et gris sous la pluie, en été, anime tel un balais incessant de masses d’air, les journées perpétuelles d’un soleil qui semble ne jamais vouloir se coucher.

 

 

         Laugavegur, fleuron du libéralisme économique, rue capitale d’une capitale capitaliste. La vitrine du succès d’une société devenue individualiste et ultra matérialiste, puis de son effondrement, de son implosion.

 

 

         Bien évidemment c’est une rue. Plus qu’une rue, une artère. Le sang de Reykjavik, de l’Islande toute entière y coule et rythme les battements du cœur de la ville, de l’île. Depuis peu cette artère a perdu son oxygène et la voici devenue veine. Sa couleur s’est effacée et son âme erre en vain à la recherche d’un nouveau souffle. Peu d’espoir sans mutation des mentalités de ceux qui la courtise. L’histoire de l’Islande habite ses mûrs et les traditions et habitudes sont le résultat d’un tricotage culturel sur lequel le temps a fait son œuvre et que lui seul peut refaçonner.

 

 

 Mathieu

 

 

 

 

 

 Divagation,




Au-dessus de la table de bureau, contre le mur, de chaque côté de l’encadrement de la fenêtre, sont punaisées de belles photos. Sur l’une d’entre elle, on observe de l’eau claire s’écoulant sur une pierre d’un orange éclatant. La couleur est tellement vive qu’on croirait la roche peinte. C’est de la rhyolite, une roche d’origine volcanique qui peut prendre toutes les couleurs. L’eau qui s’y écoule est d’une rare pureté, peu perturbée par l’activité de l’Homme.


A droite de la fenêtre il y en a deux autres. Une photo d’une plaque de glace figée par le froid et qui offre de nombreux petits orifices de forme triangulaire. On croirait une œuvre de main humaine, mais c’est sous-estimer les pouvoirs de la nature que de ne pas y voir son talent.


La troisième photo est celle d’une source d’eau chaude qui s’écoulant sur un lit de roches orangé, offre un milieu propice à la prolifération de petites algues vertes. Cette eau est chaude, vraiment chaude. Elle avoisine les 50 degrés.


Ces perspectives colorées sur un monde minéral où le chaud et le froid se mêlent inlassablement donnant tantôt des formes étranges, ou dégageant une odeur forte d’œuf pourri qui vient piquer les narines, sont des fenêtres ouvertes vers la jeunesse de la Terre, la genèse de notre mère nature, le début de la vie.


C’est l’Islande, si jeune et pourtant vitrine des origines. J’aime ce pays. Il est pour moi source d’inspiration et d’apaisement. C’est aussi un univers où l’Homme est placé devant la réalité de ce qu’il est : rien du tout !


La nature est maîtresse en tout lieu et le temps des roches n’a rien à envier à la vie du plus vieux des Hommes. Ainsi va le monde et les ornières que nous mettons sur nos yeux pour voir notre nombril centre de l’univers n’en fait pas moins une réalité.